Retraite : la réforme continue d’être rejetée par les Français

Beaucoup redoutent l’usure physique ou mentale, le manque de perspectives ou la fragilité de leur poste.
L’âge légal de départ à la retraite a été repoussé à 64 ans. Deux ans après l’adoption de la réforme, ce nouvel horizon continue de susciter un scepticisme profond chez de nombreux Français. Un sondage réalisé début avril 2025 par l’Ifop pour la CGT permet d’identifier précisément les préoccupations dominantes : fatigue professionnelle, incertitude sur la stabilité de l’emploi, et forte demande pour des alternatives de financement plus équilibrées.
Retraite : 62 ans, l’âge plébiscité par une majorité de Français
Si l’entrée en vigueur de l’âge légal à 64 ans est désormais actée, elle ne semble pas pour autant avoir convaincu l’opinion. Selon le sondage Ifop commandé par la CGT début avril 2025, 61 % des Français souhaitent un retour à 62 ans comme âge légal de départ à la retraite.
Cette préférence est particulièrement marquée chez les salariés et les ouvriers, mais elle traverse toutes les catégories socio-professionnelles. Plus frappant encore : 56 % des personnes interrogées déclarent qu’elles préféreraient un départ dès 60 ans, une proportion significative qui traduit un attachement fort à une retraite plus précoce que le cadre actuel.
Travailler jusqu’à 64 ans ? Une perspective redoutée
Premier enseignement du sondage : pour une majorité d’actifs, rester en emploi jusqu’à 64 ans semble difficile, voire irréaliste. 54 % des personnes interrogées estiment qu’elles ne pourront pas travailler à temps plein jusqu’à l’âge légal actuel, une proportion qui grimpe à 60 % chez les femmes et à 66 % chez les ouvriers. Plus inquiétant encore, 43 % des salariés du privé anticipent un licenciement avant d’atteindre cet âge.
Ces chiffres témoignent d’un profond malaise : allongement de la durée de vie professionnelle, certes, mais dans quelles conditions ? Beaucoup redoutent l’usure physique ou mentale, le manque de perspectives ou la fragilité de leur poste. Derrière cette crainte, une question récurrente : comment rester compétitif sur le marché du travail au-delà de 60 ans, sans subir l’exclusion professionnelle ?
Retraite : comment financer le régime ? Les Français le savent
Si la réforme mise sur un report de l’âge de départ pour assurer l’équilibre du système, l’opinion publique, elle, se projette autrement. Le sondage Ifop met en lumière un ensemble de pistes économiques jugées plus justes et potentiellement efficaces. En tête de liste, l’égalité salariale femmes-hommes, plébiscitée par 86 % des répondants, est perçue comme un levier à la fois socialement juste et financièrement utile.
Autres idées largement soutenues :
- 82 % souhaitent une taxation accrue des dividendes versés aux actionnaires, dans une logique de rééquilibrage des contributions entre travail et capital.
- 80 % demandent une revalorisation des salaires assujettis à cotisation, pour alimenter plus fortement les caisses.
- 78 % sont favorables à une hausse d’un point des cotisations patronales, un effort jugé acceptable si partagé.
- Enfin, 65 % proposent d’élargir l’assiette des cotisations aux revenus dits “complémentaires” : primes, intéressements, bonus.
Au-delà des chiffres, ce sondage traduit une cohérence dans les aspirations des Français : la retraite reste un pilier central du modèle social, mais elle doit s’adapter aux réalités actuelles du travail. L’usure professionnelle, la précarisation des parcours et les inégalités persistantes ne peuvent plus être ignorées dans les projections financières.
L’attachement au système par répartition reste solide, tout comme le refus d’un transfert vers un modèle capitalisé — seuls 29 % des sondés déclarent faire confiance à la capitalisation pour financer leurs pensions.






