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Pour vivre heureux, vivons cachés ?


Mardi 30 Septembre 2014





Dans le monde ultra connecté qui est le nôtre, où on prend un malin plaisir à s’exhiber et à se raconter - ses vacances, son dîner, ses opinions - une nouvelle tendance émerge : la discrétion, mieux, l’anonymat.


Pour vivre heureux, vivons cachés ?
De plus en plus, et à grands cris, ce qui n’est pas une attitude discrète du tout, certains déclarent quitter les réseaux sociaux, fermer leurs comptes Twitter ou Facebook. Ce penchant, quand ce n’est pas de l’intox, s’inscrit dans une tendance plus large. Cette dernière émerge depuis quelques mois, portée notamment par des succès éditoriaux : les livres prônant la discrétion cartonnent en effet depuis quelques temps. Il y a d’abord eu le succès planétaire de l’américaine Susan Cain, La Force des discrets, publié en France chez Jean-Claude Lattès, puis des essais comme La Discrétion ou l’Art de disparaître, de Pierre Zaoui chez Autrement.
 
Ces livres prennent le contre-pied de ce qui a cours aujourd’hui : la surexposition, la médiatisation à outrance. Comme si justement, à l’heure des selfies, de l’Instagram roi, s’afficher avec excès comme on le fait aujourd’hui, provoquait l'effet inverse. Comme si il y avait quelque chose à gagner à moins s’afficher. Une forme de sagesse par exemple. Devenir impossible à googler, passer inaperçu : le rêve à l’heure des réseaux sociaux, de la multiplication des supports, de l'information disséquée en temps réel. D’ailleurs, la visionnaire directrice artistique de Céline, Phoebe Philo n’a t-elle pas déclaré il y a quelques temps : « Le chic du chic serait de ne pas exister sur Google. »
 
Résultat, même si cela peut toujours être contredit, du côté de la mode,  haro sur le logo, un certain minimalisme pas dénué de sens, une esthétique de la discrétion font régulièrement surface. À la fois, la mode qui ferait totalement profil bas, ce n’est pas encore pour demain. Mais quand-même, certains designers jouent la carte de « l’effacement », même si tout cela doit être pris avec des pincettes : Hedi Slimane chez Saint Laurent, Jil Sanders, ou Phoebe Philo chez Céline. C’est sans compter avec le maître en la matière, le belge Martin Margiela, dont le visage n’apparaît jamais, à l’image de ses mannequins, et qui a érigé l’anonymat en valeur culte.

Le dépouillement, le no logo : une manière d’éviter la manipulation marchande ? Oui. Une façon de rester soi en ne se soumettant pas aux codes imposés par le marketing. Parce qu’à l’ère de la surexposition globalisée, qui se rapproche d’un étalage malsain, faire preuve d’un peu de retenue et de discrétion, apparaît comme un nouveau luxe. D’ailleurs, explique le philosophe Yves Michaud, « Des études de psychologie sociale ont montré que la fréquence des tweets était proportionnelle au degré de narcissisme. » Tu tweetes, tu existes ? 

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