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Chronique d’une mère annoncée


Mardi 29 Avril 2014




Si on a pleuré en lisant le bouleversant "Rien ne s’oppose à la nuit" de Delphine de Vigan, il pourrait bien nous arriver la même chose à la lecture des "Dieux sont vaches", premier roman de la comédienne Gwendoline Hamon, sorti au mois de mars dernier.


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Dans la famille, on a un grain. Comme Gwendoline Hamon, tout le monde n’est pas la petite-fille de Jean Anouilh. Si l’environnement est gentiment frapadingue, ce qui va arriver à l’auteur, dans ce premier roman autobiographique, n’a rien de comique : en rentrant de New-York, Zélie, le personnage principal, apprend que sa mère, Caroline, est en phase terminale d’un cancer. Avec sa sœur, Zélie décide alors, de tout mettre en œuvre pour rendre gais et joyeux, les derniers jours de leur mère sur terre. Caroline elle, ignore, ou feint d’ignorer son état jusqu’à la fin. À  sa fille, elle parle comme ça : « Ah ! Ce Simon, je l’adore. Heureusement que je lui ai dit de te sauter dessus ! Tu serais encore avec un couillon ! »
 
Caroline n’a que cinquante-huit ans, mais en manière de tocs et de névroses, elle n'a rien à apprendre. Zélie brosse le portrait d’une femme immature mais attachante, dure mais facétieuse, un peu comme l’a fait Delphine de Vigan dans Rien ne s’oppose à la nuit, dont Les dieux sont vaches serait le versant drôle et décalé, malgré la dureté du sujet. Car évidemment, ce dont on parle ici, c’est de la mort d’une mère.
 
Ce thème universel, intense et douloureux, l’auteur le prend à revers. Sa personnalité, comme celle de sa mère, font de ce livre une histoire décapante, et pleine de charme. Cette mère folle-dingue, originale et égoïste, n’a jamais su bien aimer sa fille. « C’était extravagant, théâtral, mais tellement funky d’avoir une maman pas comme les autres. » dit Zélie. Caroline a toujours vécu comme elle l’entendait, soit bizarrement, avec une multitude d’idées fixes, de manies et de lubies. Elle vivra donc ses dernières semaines, aussi bizarrement, entourée des siens.
 
Pendant les soixante-neuf jours qu’a duré son agonie, un temps riche et inattendu, les dieux, comme le titre l’indique, n’ont pas toujours été cléments. Entre deux évènements cocasses, ils ont même été très durs. Il ne faut pas l’oublier, il s’agit avant tout d'un récit de fin de vie, de la détérioration physique et mentale entraînée par la maladie. Mais Géraldine Hamon ne larmoie pas, elle livre un texte humain et fort.
 
Avec une grande vivacité, l’auteur raconte aussi le destin de sa mère, peu commun, un milieu bourgeois, fantasque et cultivé, une histoire de famille excentrique où les failles sont nombreuses, mais où la drôlerie et le recul prennent souvent le dessus. Comme Zélie, qui prend les choses au second degré, pour ne pas sombrer.
 
 
Les dieux sont vaches, Gwendoline Hamon (JC Lattès, 249 p.)
Rien ne s’oppose à la nuit, Delphine de Vigan (JC Lattès)
 




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