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L'Emprise


Vendredi 14 Août 2015





Dans la rentrée littéraire qui s’annonce, le thème de l’emprise est un sujet récurrent. Manipulation mentale et abus de pouvoir ont inspiré des écrivains, souvent femmes. Glaçant.


L'Emprise
« Ascendant intellectuel ou moral de quelqu’un ; influence de quelque chose sur une personne : être sous l’emprise d’une passion. » Voilà pour la définition d’emprise dans le Larousse. Dans la presse, mais aussi dans l’édition, nombreux sont les articles ou les parutions qui traitent de pervers narcissiques, de manipulateurs et la façon de s’en dépêtrer. À la rentrée littéraire 2015, qui s’annonce riche, les auteurs, notamment les romancières, se sont emparées de ce sujet.
 
C'est le cas pour Delphine de Vigan que l’on retrouve avec un immense plaisir avec D’après une histoire vraie (Lattès), qui commence comme une suite à son best seller planétaire, Rien ne s’oppose à la nuit. Toujours chez Lattès, la magnétique Isabelle Sorente fait fort avec La Faille. Chez Stock, Émilie Frèche avec Un homme dangereux et Florence Noiville avec L’illusion délirante d’être aimé, prennent à bras le corps ce vaste sujet, chacune à sa manière.
 
Ces romans, souvent glaçants, parlent d’emprise donc, de manipulation et d'abus de pouvoir. Si les thèmes se rapprochent, les histoires différent totalement. La journaliste au Monde, Florence Noiville s’attaque dans L’illusion délirante d’être aimé, au syndrome de Clérambault. Sorte d’érotomanie, ou la conviction irrationnelle, illusoire, d’être aimé de quelqu’un. Passionnée par les liens entre littérature, neurosciences et psychanalyse, l'auteur illustre dans ce nouveau roman, les mécanismes et les répercutions de cette maladie, qui peut entraîner une jalousie extrême, voire mener à la folie meurtrière.

Laura, la narratrice, réalise qu’elle se trouve piégée par une ancienne amie d’enfance, devenue sa collègue : celle-ci s’habille comme elle, la harcèle de messages, distille de fausses informations sur Internet... L’histoire se passe à Paris, mais on pense au film de Barbet Schroeder, Jeune femme partagerait appartement avec Jennifer Jason Leigh. Delphine de Vigan, dans D’après une histoire vraie, se fait manipuler par une femme, la toxique L, « le genre de personne qu’un écrivain ne devrait jamais rencontrer. » C’est d’abord l’histoire d’une amitié, d’une séduction entre les deux femmes. La relation qui se noue entre elles est très étrange, fusionnelle, oppressante, exclusive, jusqu’à faire douter la narratrice de sa santé mentale.
 
Dans La Faille d’Isabelle Sorente et Un homme dangereux d’Émilie Frèche, les pervers manipulateurs sont cette fois des hommes. Les deux romancières s’attaquent à l’emprise amoureuse. L’héroïne d’Émilie Frèche, qui a pourtant tout pour être heureuse, un mari, un amant, un bon job, de grands enfants, perd littéralement le sens commun pour un homme pervers qui la balade. Elle va tout quitter pour cet être nocif qui n’est pas son genre et avec qui, il ne se passera rien sexuellement. En revanche, son genre à lui est de détruire et d’avilir, surtout les femmes.
 
Dans La Faille, l’intense Isabelle Sorente excelle dans un texte brillant. Elle met en scène Lucie Scalbert, la plus jolie fille du lycée, et Mina Liéger son amie d’enfance. Après s'être perdues de vue pendant vingt ans, elles se recroisent : Lucie qui était promise à un brillant avenir de comédienne, est désormais l'ombre d'elle-même. Mina est fascinée par ce lien étrange qui unit Lucie à son mari qui la rend folle. Elle est passée d’une femme lumineuse à un état de mort  psychique : « Lucie n’est plus l’ombre d’elle-même. Elle prononce le nom de son mari avec un mélange d’effroi et de rancœur. Ce vieillissement précoce, cette voix enfantine, ce rire désespéré : je comprends que c’est cela une relation d’emprise. » Et le lecteur aussi. Dans tous ces livres, excellents et différents, il est question de manipulation mentale, de cruauté et de masochisme parfois, de folie souvent, mais aussi, de séduction, de dépendance, d’aliénation et de trahison. De quoi faire froid dans le dos.





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