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Serge Joncour, l'écrivain national


Vendredi 22 Août 2014





Avec une pléiade de romans français à paraître ce mois-ci et en septembre, la rentrée littéraire, c'est parti. On commence par «L’Écrivain national» de Serge Joncour, à l'office du 27 août chez Flammarion.


Serge Joncour
Serge Joncour
On avait laissé Franck, le précédent anti-héros de Serge Joncour, renaître grâce à une femme et un enfant dans les Causses, à la fin de son dernier roman, L’Amour sans le faire, publié chez Flammarion en 2012. Cette fois-ci, on redécouvre l’auteur de « Vu » et de « UV », sortis au Dilettante, « taiseux » comme il se décrit lui-même, et surnommé « L’écrivain national » par les notables locaux, quelque part entre Nièvre et Morvan.

Physique de bûcheron, avec la barbe et la chemise de trappeur qui vont avec, cette fois-ci, le héros de Serge Joncour, n’est autre que lui même. Il arrive dans le Morvan, une contrée pas riante pour un sou, austère, où « À cent mètres tout ressemble à un faisan. » Cette région, c'est plutôt le symbole consternant d’une campagne sinistrée, d’un exode rural massif. Pour autant, un lieu calme, parfait, pour une résidence d’écrivain. «C’était même l’idée de départ, prendre du recul », écrit Serge. Idéal en somme, pour s’adonner à cette activité étrange, l’écriture, et nourrir un feuilleton pour le journal régional. « Pas un piège » du tout. Et pourtant.
 
Le fait-divers n’est jamais loin. Et c’est bien connu, les écrivains adorent les faits-divers. Dans le quotidien du coin, Serge découvre qu’un vieux maraîcher soi-disant riche comme crésus, répondant au nom de Commodore, s’est évaporé : « Un solitaire vivant loin de tout en lisière de la forêt. » Deux jeunes de moins de trente ans sont soupçonnés, des « néo-ruraux », comme on aime bien accoler aujourd’hui, du néo à un peu près tout. Serge est plus qu’impressionné par la photo de Dora, accusée avec Aurélik. Pire, elle l’obsède.
 
C’est alors que Serge, l’écrivain national, va voir du côté de Marzy et de ses bois, « la fameuse forêt que tous évoquaient avec retenue ». On lui a dit de s’en méfier, « de ne pas y aller seul, et surtout pas le soir », de s’en détourner, même. Et pourtant, il va s’y rendre. Il va s'y perdre. Il va chercher des indices, enquêter à sa manière butée, échafauder des plans, pour en faire une histoire, pour croiser Dora, peut-être, aussi.

Les quatre semaines de résidence propices à l’écriture vont se transformer en « un cauchemar », et plonger le lecteur qui suit Serge, dans des peurs profondes, ancestrales. Si on l’a dissuadé de trop traîner dans la forêt, Serge découvre que le danger est réel, sombre, noir, comme les forêts du Morvan. Notre écrivain national, au mieux de sa forme, livre une fable anxiogène, qui lui fait dire, entre autres, que « Vivre, c’est accepter de perdre. »
 
L’Écrivain national, Serge Joncour, (Ed. Flammarion, 416 pages.)




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