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Coronavirus : en Afghanistan, des femmes détenues et à risque


Clarisse Rosius
Mercredi 15 Avril 2020





L'Afghanistan "doit prendre des mesures immédiates afin de mettre en oeuvre le décret présidentiel ordonnant la libération de prisonniers en vue d'endiguer la propagation du COVID-19", a déclaré le 10 avril dernier l'ONG Amnesty International, qui demande aux autorités de "libérer en priorité les prisonnières".


Alors que le nombre de cas de COVID-19 augmente en Afghanistan, "les craintes sont vives que les personnes incarcérées dans des structures surpeuplées, où elles s'entassent souvent à cinq dans une seule cellule, dans des conditions insalubres et sans accès à des centres de soins adéquats, ne soient exposées à un risque élevé d'infection", explique dans un communiqué l'ONG Amnesty International.

« Dix jours se sont écoulés depuis que le président afghan a ordonné la libération de prisonniers, et rien ne s'est passé. Chaque jour, le danger se fait plus pressant. En particulier pour les femmes détenues, dont beaucoup ont leurs enfants avec elles. Force est de constater que les femmes et les jeunes filles sont en butte à une discrimination généralisée en Afghanistan. Cette discrimination, qui s'ajoute à de nombreuses autres difficultés, leur ôte toute importance. Le gouvernement doit prendre des mesures immédiates en vue de libérer ces femmes et de les réinstaller en toute sécurité, afin de limiter les risques auxquels elles sont confrontés », a déclaré Biraj Patnaik, directeur d'Amnesty International pour l'Asie du Sud.

Des organisations de la société civile afghane ont fait part de "leurs préoccupations quant aux conditions de détention des femmes", précise l'ONG dans son communiqué, qui ajoute que "dans une lettre ouverte adressée au président Ashraf Ghani cette semaine, le Réseau des femmes afghanes a souligné que de nombreuses prisonnières exposées n'ont pas commis d'infractions graves ou n'ont pas encore été déclarées coupables." 

Beaucoup sont aussi "des mères, et leurs enfants sont enfermés avec elles. Comme ailleurs en Asie du Sud, les prisons afghanes sont surpeuplées."

L'Afghanistan est confronté à des "difficultés spécifiques" face à la pandémie de COVID-19, "étant donné le conflit qui perdure dans le pays, le système de santé délabré, qui ne dispose que de 300 respirateurs et souffre d'une pénurie de médecins et de professionnels de santé qualifiés, et le manque de centres de dépistage", assure Amnesty International.

En outre, le confinement ayant été "imposé dans diverses régions du pays, notamment à Kaboul, les personnes travaillant à la journée, déplacées à l'intérieur du pays ou marginalisées sont aussi fortement exposées - et sont confrontées à un dilemme cruel entre infection et manque de nourriture, dans un pays où le gouvernement dépend de l'aide internationale pour les trois-quarts de son budget national", souligne Amnesty International.

Comme le rappelle l'ONG, c'est la province d'Hérat, dans l'ouest du pays, qui est l'épicentre de l'épidémie de COVID-19, suivie par Kaboul, la capitale : or "c'est à Hérat et à Kaboul que sont détenues la majorité des prisonnières".

À ce jour, "521 cas ont été signalés à travers le pays, touchant 27 provinces sur 34, et au moins 15 décès ont été recensés", écrit l'ONG, ajoutant que "l'Afghanistan ne dispose pas des ressources nécessaires pour gérer cette crise. Aussi est-il d'autant plus important que le gouvernement prenne toutes les mesures possibles afin de limiter la propagation du virus, en commençant par les groupes les plus à risque, dont les prisonniers, notamment les femmes et les personnes marginalisées".




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